Dans un environnement international marqué par l’éclatement des financements et la diminution de l’aide publique au développement, le Tchad parvient à un exploit que les Perspectives Économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement détaillent avec soin. Le Plan national de développement (PND) tchadien exige un financement global de 30 milliards de dollars, dont « la part du secteur privé représente 46 % ». En novembre 2025, le pays avait déjà obtenu « des promesses de financement d’un montant de 20,5 milliards de dollars, issues de sources d’investissement privées et internationales (16,4 milliards de dollars) », accompagnées de « 40 accords et protocoles d’entente » signés pour une valeur de 4,1 milliards de dollars supplémentaires. Pour une nation classée 190e sur 193 à l’Indice de développement humain 2025, cette aptitude à mobiliser des fonds mérite d’être examinée comme un exemple.
Le secret de ce succès repose sur une approche de diversification des partenaires que peu de pays de la zone CEMAC ont mise en œuvre avec autant de rigueur. Le rapport de la BAD décrit une « initiative diplomatique » qui a « renforcé les liens avec les Émirats arabes unis et la Banque islamique de développement », ouvrant ainsi un canal de financement islamique quasi absent ailleurs dans la région. En parallèle, le Tchad a renforcé son soutien multilatéral traditionnel (FMI, Banque mondiale, Banque islamique de développement), tout en développant des « partenariats Sud-Sud » avec le Moyen-Orient. Cette combinaison entre financements occidentaux, islamiques et Sud-Sud constitue une structure de financement inédite en Afrique centrale.
La crédibilité budgétaire du Tchad a également joué un rôle clé dans cette capacité de levée de fonds. Malgré les dépenses engendrées par l’arrivée de plus de 1,5 million de réfugiés soudanais, le déficit budgétaire est resté « en dessous du seuil de 3 % fixé par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale » en 2025. La dette publique est maintenue à un niveau modéré, à 32 % du PIB, l’un des plus bas de la zone CEMAC. Cette discipline budgétaire, associée à des « réformes visant à élargir l’assiette fiscale » et à la numérisation de la collecte des impôts, a adressé aux investisseurs un signal de fiabilité que de nombreuses économies plus riches peinent à émettre.
Pour les partenaires de développement, les institutions financières islamiques et les investisseurs privés cherchant à s’installer en Afrique centrale, l’expérience tchadienne offre une leçon pratique : la mobilisation massive de capitaux privés ne nécessite pas forcément un marché financier développé ni un revenu par habitant élevé. Le Tchad entend désormais concentrer ses prochaines priorités sur « l’attraction de capitaux privés sous forme de fonds propres » et sur « le renforcement de son cadre réglementaire » pour pérenniser cette dynamique. Pour N’Djamena, cette levée de 20,5 milliards de dollars constitue le point de départ d’une transformation économique que les institutions suivent de près.

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