3 août 2026

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Diplomatie franco-sénégalaise : l’ataya et la souveraineté au cœur des échanges

L’ambassadrice de France au Sénégal, Christine Fages, défend une vision renouvelée de la coopération entre Paris et Dakar, centrée sur le respect mutuel et la reconnaissance des aspirations souveraines de chaque nation. Dans un entretien exclusif, elle souligne qu’une relation bilatérale solide repose avant tout sur la clarté des intérêts stratégiques communs et différenciés.

Une relation sans tensions majeures malgré les changements politiques

Interrogée sur l’évolution récente des relations franco-sénégalaises, Christine Fages estime que les mécanismes institutionnels en place permettent de gérer les dossiers sensibles avec sérénité. « Plus le Sénégal affermit sa souveraineté, plus les échanges gagnent en fluidité et en efficacité », déclare-t-elle. Selon elle, les périodes de transition politique ne remettent pas en cause cette dynamique, à condition que chaque partie assume pleinement ses responsabilités.

Visa : vigilance contre les pièges des intermédiaires

La diplomate aborde ensuite la question des visas, un sujet récurrent pour les demandeurs sénégalais. Avec près de 53 000 demandes annuelles, soit près de la moitié des demandes traitées par les pays de l’Union européenne au Sénégal, les délais et les procédures externalisées posent parfois problème. Christine Fages met en garde contre les pratiques frauduleuses : « Aucun rendez-vous n’est payant. Si on vous demande de l’argent pour accélérer une démarche, méfiez-vous. » Elle insiste sur la nécessité de signaler toute tentative de surfacturation ou d’usurpation de documents.

Thiarioye 44 : la France reconnaît sa responsabilité historique

L’ambassadrice revient sur les événements tragiques de Thiarioye 44, soulignant la reconnaissance par la France de sa responsabilité dans ce massacre. « Les archives ont été transmises aux autorités sénégalaises, et nous restons mobilisés pour soutenir les recherches historiques », précise-t-elle. Une volonté de transparence qui s’inscrit dans une démarche de mémoire partagée entre les deux pays.

Retour des biens culturels : des milliers d’objets sous examen

Sur la question épineuse de la restitution des biens culturels, Christine Fages rappelle que le sabre d’El Hadj Oumar Foutiyou Tall a déjà été rendu au Sénégal en 2021. « La procédure exige une expertise rigoureuse pour identifier et documenter chaque objet », explique-t-elle. Avec plusieurs milliers de pièces recensées dans les collections françaises, l’objectif est de déterminer celles qui pourraient faire l’objet d’un retour. Un travail minutieux, mais essentiel pour la préservation du patrimoine sénégalais.

Macky Sall et l’ONU : Paris temporise sur sa candidature

Concernant l’éventuelle candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU, Christine Fages tempère les attentes : « Le processus est encore en cours. La France étudiera attentivement les profils avant de se prononcer. » Une position prudente, reflétant la complexité des équilibres diplomatiques en jeu.

FMI : un partenariat économique indéfectible

Sur le plan économique, l’ambassadrice réaffirme le soutien de la France au Sénégal dans ses négociations avec le Fonds monétaire international. « Les deux parties ont besoin l’une de l’autre, et nous continuerons à les accompagner », assure-t-elle. Malgré les défis liés à la finalisation d’un nouveau programme, la coopération reste un pilier des relations bilatérales.

L’ataya, symbole d’une diplomatie humaine

Première femme à occuper le poste d’ambassadrice en France au Sénégal, Christine Fages évoque avec émotion son attachement à la culture locale. « L’ataya incarne pour moi la convivialité, le partage et le temps consacré à l’autre », confie-t-elle. Une philosophie qu’elle intègre dans sa pratique diplomatique, où l’écoute et la proximité restent des valeurs fondamentales.