11 août 2026

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Gabon : Hugues Ongoundou s’élève contre la dégradation du débat public et l’« insalubrité verbale »

Les injures visant le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, ainsi que sa mère et son épouse, ont provoqué une ferme réaction de la part d’Hugues Ongoundou. Dans une tribune incisive, ce dernier a clairement indiqué que sa démarche ne relevait ni d’un soutien au pouvoir en place, ni d’une adhésion à la politique du chef de l’État. Pour lui, s’en prendre à une mère et grand-mère éloignée des sphères politiques, ou à l’épouse et aux parents d’un responsable public, représente un franchissement inacceptable d’une ligne rouge, dont les implications dépassent largement les personnes directement visées. Dénonçant une véritable « insalubrité verbale » et la banalisation de l’obscénité au sein du débat public gabonais, Hugues Ongoundou exhorte à une distinction nette entre la liberté de critique et la vulgarité. Il a également annoncé son intention d’étudier les voies de droit envisageables pour faire cesser ces pratiques.

Les propos injurieux dirigés contre la mère du Chef de l’État, une femme discrète, sans histoire et étrangère au monde politique, de même que ceux ciblant son épouse et le Président lui-même, sont d’une gravité extrême. Je dois l’admettre : ces paroles m’ont profondément choqué.

Mon intervention ici n’est pas d’ordre politique. Je ne cherche pas à défendre un bilan, une idéologie ou une quelconque proximité avec le pouvoir. Je m’exprime sur une question bien plus essentielle : la dignité, les valeurs et l’essence même de notre peuple.

Ces attaques dépassent les individus

Lorsqu’une mère et grand-mère, étrangère aux querelles politiques, est traînée dans la boue par des propos orduriers uniquement parce qu’elle est la mère du Chef de l’État, une barrière fondamentale est brisée.

Lorsqu’une femme, épouse et Première Dame, devient à son tour la cible de remarques obscènes, ce sont nos propres repères qui sont mis à mal.

Il ne s’agit plus seulement du Chef de l’État, de sa mère et de son épouse qui sont insultés.

Symboliquement, ce sont toutes nos grand-mères, toutes nos mères, toutes nos femmes, toutes nos sœurs et toutes nos filles qui sont ainsi jetées en pâture.

C’est l’image même de notre nation qui est souillée.

Ce sont nos valeurs qui s’érodent.

C’est, au fond, une forme de désertion des âmes par l’essence même d’un peuple. Et je pèse mes mots.

Le symbole est supérieur aux personnes

Au sein d’une nation, certains symboles transcendent les individus. La mère incarne la transmission. La grand-mère représente la mémoire. La femme constitue une part essentielle de la famille et de la société. Le père symbolise également cette chaîne de transmission qui relie les générations.

Lorsque ces figures sont publiquement humiliées et transformées en instruments d’insultes politiques, une partie de notre patrimoine moral est piétinée.

C’est le symbole de notre pays qui est abattu, non pas dans son sens trivial, mais dans ce qu’il représente : la puissance, la verticalité, l’autorité symbolique et la capacité d’un peuple à se tenir debout.

Ces dérives révèlent un corps national souffrant

Ce qui vient de se produire ne doit pas être considéré comme un simple dérapage sur les réseaux sociaux. Ces dérives sont, à mes yeux, les symptômes d’un corps national malade, souffrant, en quête de repères. Elles témoignent d’un affaiblissement progressif de certaines balises.

Il fut un temps où le patriotisme, le respect des aînés, la considération envers les parents et le sens de l’honneur faisaient partie intégrante de l’éducation civique et de la transmission. Aujourd’hui, une partie de cet enseignement semble s’être évaporée.

C’est le malheur de la vertu et la prospérité du vice. Nous assistons à une inversion préoccupante : celui qui insulte devient parfois une figure, celui qui humilie gagne en popularité, celui qui provoque attire davantage l’attention que celui qui construit.

Et lorsque l’insulte devient un spectacle, une distraction, une marchandise médiatique, c’est la vertu elle-même qui finit par être reléguée.

Chaque rire, chaque banalisation nous rend collectivement responsables

Je vais plus loin. Chaque Gabonais qui rit de propos aussi abjects, les partage pour se divertir ou contribue à leur diffusion participe, volontairement ou non, à leur banalisation. Chaque citoyen qui accepte que le débat politique se transforme en concours d’insultes contribue à l’affaiblissement de nos repères. Et chaque fois que nous transformons l’insulte en célébrité, que nous encensons l’insulteur, que nous le mettons en avant parce qu’il fait du bruit, nous participons à la destruction lente de ce qui devrait nous unir.

Nous sommes tous responsables lorsque l’insulte devient une distraction. Nous sommes tous responsables lorsqu’elle devient une commande. Nous sommes tous responsables lorsque ceux qui insultent sont ceux que l’on écoute le plus.

Je ne viens pas faire la cour

Je tiens à être très clair. Je ne viens pas courtiser le pouvoir. Je ne viens pas chercher de reconnaissance. Je ne viens pas défendre le Chef de l’État contre ses adversaires politiques. Je viens dire STOP.

Il est impératif d’agir contre cette insalubrité verbale qui envahit progressivement notre espace public. Et je tiens à saluer, à l’inverse, ces Gabonais qui contestent le Président et sa politique sans franchir ces limites.

Il existe des opposants responsables. Des hommes et des femmes qui savent reconnaître ce qui est bien fait et dénoncer ce qui ne l’est pas. Des citoyens capables de combattre une politique avec des arguments, sans insulter les mères, les pères, les épouses ou les enfants de ceux auxquels ils s’opposent. Voilà le véritable débat démocratique.

L’activisme n’a rien à voir avec la vulgarité

Il faut également mettre fin à une autre confusion. Être activiste ne confère pas tous les droits. Être opposant ne signifie pas pouvoir tout dire. Être libre n’implique pas être irresponsable.

L’activisme est une forme d’engagement citoyen. Il suppose donc une responsabilité citoyenne. On peut dénoncer. On peut enquêter. On peut contester. On peut manifester. On peut interpeller. On peut même être extrêmement dur dans la critique. Mais l’insulte obscène visant une mère ou une femme n’est ni un argument, ni une preuve de courage, ni une démonstration de patriotisme.

J’ai un père. J’ai une mère. Et je suis leur fils. Cette phrase est peut-être la plus simple de cette tribune. J’ai un père. J’ai une mère. Et le fait d’être leur fils me renvoie à une éducation, à une histoire, à une responsabilité. Je sais ce que signifie le respect dû à ceux qui nous ont donné la vie. Je sais ce que représente une mère. Je sais ce que représente un père.

C’est précisément cette éducation qui me pousse aujourd’hui à refuser la banalisation de cette monstruosité médiatique. Je ne peux pas demander à mes enfants de respecter leurs parents demain si, aujourd’hui, j’accepte que l’humiliation des parents devienne un spectacle public.

Je prendrai ma part de responsabilité

Face à cette situation, je vais donc prendre mes responsabilités. Je prendrai contact avec un conseil juridique afin d’examiner les voies de droit existantes et les suites judiciaires qui pourraient être données à de tels propos. Cette démarche sera strictement personnelle. Je ne prétends pas parler au nom du Chef de l’État, de sa famille, de son entourage ou d’une quelconque institution. Je parle en mon nom. Comme Gabonais. Comme citoyen. Comme fils.

Je veux que les choses soient claires : mon objectif n’est pas de faire taire la critique politique. Au contraire. Je souhaite que nous retrouvions un débat politique où l’intelligence, la contradiction et la responsabilité supplantent progressivement l’insulte, l’obscénité et l’humiliation.

Nous devons choisir entre la vertu et la banalisation du vice

Le Gabon ne peut s’installer durablement dans cette logique. Une nation ne se détruit pas uniquement par des crises économiques ou politiques. Elle peut également se détruire par l’effondrement progressif de ses repères moraux.

Lorsque l’insulte devient normale, la violence verbale devient acceptable. Lorsque la violence verbale devient acceptable, l’humiliation devient un spectacle. Lorsque l’humiliation devient un spectacle, ceux qui la produisent deviennent des célébrités. Et lorsque ceux qui détruisent les valeurs deviennent les modèles de la société, la débâcle étatique commence aussi par une débâcle morale.

Je refuse cette fatalité. Je refuse que nos mères deviennent des cibles. Je refuse que nos femmes soient utilisées comme instruments d’humiliation politique. Je refuse que nos pères soient insultés parce que leurs enfants exercent des responsabilités. Je refuse que nos enfants grandissent dans une société où la vulgarité est récompensée davantage que la vertu. Trop, c’est trop.

Je ne demande à personne d’aimer le Président de la République. Je ne demande à personne d’approuver sa politique. Je demande simplement que nous soyons encore capables de nous respecter nous-mêmes. Parce qu’au fond, lorsque nous insultons la mère de l’autre, nous insultons aussi l’idée que nous nous faisons de notre propre mère. Et lorsqu’un peuple ne protège plus ses propres valeurs, il commence à perdre son âme. À chacun maintenant de prendre ses responsabilités. Moi, j’ai choisi de prendre les miennes.