26 juin 2026

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Gabon : les coulisses du retour de shell

Un protocole d’accord a été signé mardi dernier entre Shell et le ministère gabonais du Pétrole. Pour de nombreux observateurs, cet événement marque un regain d’attractivité pour le pays, notamment pour son pétrole offshore. La signature de Shell suit celles d’ExxonMobil et de BP, survenues il y a moins d’un an, qui s’étaient déjà intéressées aux zones en eau profonde. Cela semble indiquer que le Gabon redevient un territoire prometteur pour les majors pétrolières. Cependant, une analyse plus fine tempère cet enthousiasme.

Ce document reste une simple déclaration d’intention, sans engagement ferme. Le chemin vers l’extraction et la vente de pétrole est encore long et incertain. Shell pourrait changer d’avis en cours de route : si les résultats d’exploration sont décevants, si le cours du brut chute, ou si une autre destination s’avère plus rentable, la compagnie peut se retirer sans pénalité. Ce n’est pas la première fois que Shell et le Gabon croisent leurs routes. L’entreprise britannique était déjà présente, avant de quitter le pays en 2017 et définitivement en 2019. Son retour actuel répond avant tout à sa propre stratégie, et non à une faveur faite au Gabon.

Sur ce point, le gouvernement gabonais dispose d’une certaine marge de manœuvre. Il devra négocier avec habileté : quelle part des revenus reviendra à l’État ? Combien d’emplois et de formations seront réservés aux Gabonais ? Et surtout, comment l’argent sera-t-il géré pour construire l’avenir, plutôt que d’être dépensé immédiatement ? Rappelons qu’il faut compter entre sept et quinze ans avant la première production commerciale. Les retombées budgétaires et en termes d’emplois ne seront visibles qu’entre 2033 et 2036 au mieux. D’ici là, les campagnes sismiques, les forages d’appréciation, la relance des chaînes de sous-traitance et l’emploi des jeunes représentent autant de chantiers.

Le Gabon n’est pas le seul pays africain confronté à ce type de défis. L’Angola et le Nigeria ont négocié pour tirer le maximum de bénéfices de ces transactions. Seuil de récupération des coûts, part de l’État selon la rentabilité, transparence et suivi : rien n’a été laissé au hasard chez ces voisins. Le problème n’est pas d’attirer Shell, mais de déterminer à quelles conditions.

Alors que les pays voisins durcissent leurs règles pour transformer les bénéfices du pétrole, surtout offshore, en développement concret, le Gabon semble négocier avec les mêmes outils qui ont conduit aux échecs des trois dernières décennies. Shell le sait : elle signe des protocoles d’accord identiques un peu partout. Ce qui change, c’est ce que le pays hôte impose ensuite.