4 juin 2026

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La taxe sur les téléphones au Cameroun : un obstacle majeur à la transition numérique

Alors que les discours officiels au Cameroun ne cessent de vanter les mérites de la transformation digitale et de l’innovation technologique, une mesure fiscale vient contredire frontalement ces ambitions. L’imposition d’une taxe s’élevant à 33,33 % de la valeur des téléphones portables transforme désormais l’accès au numérique en un luxe coûteux pour de nombreux citoyens.

Les tarifs appliqués oscillent entre 1 670 FCFA pour les modèles les plus basiques et peuvent grimper jusqu’à 135 000 FCFA pour les smartphones de dernière génération. Cette ponction financière, exigée pour le simple droit d’utiliser un terminal sur le territoire national, s’apparente davantage à un frein qu’à une politique d’accompagnement vers le futur.

Le smartphone, un outil de travail indispensable au Cameroun

Loin d’être un simple gadget, le téléphone portable est devenu le pivot central de l’activité économique pour des millions de Camerounais. Son utilité traverse toutes les couches de la société :

  • Les étudiants qui accèdent aux ressources académiques en ligne.
  • Les commerçants gérant leurs transactions via Mobile Money.
  • Les agriculteurs s’informant sur les cours du marché en temps réel.
  • Les artisans utilisant WhatsApp pour leur prospection commerciale.
  • Les travailleurs du secteur informel accédant aux services essentiels.

Pour une majeure partie de la population, cet appareil représente l’unique passerelle vers l’économie numérique. En taxant lourdement cet outil, l’État impose une barrière financière à l’entrée d’un chantier qu’il prétend pourtant vouloir généraliser.

Une pression fiscale sans alternative industrielle

L’incompréhension grandit face à l’absence totale de production locale. Le Cameroun ne possède aucune usine d’assemblage ni industrie de fabrication de terminaux mobiles. Contrairement à une taxe protectionniste qui viserait à favoriser une offre nationale, cette mesure ne laisse aucune alternative aux consommateurs. Les citoyens sont contraints d’importer et sont désormais sanctionnés financièrement pour cet usage indispensable.

Sans vision industrielle claire ou substitution possible, cette taxe est perçue comme un simple prélèvement sur des populations déjà fragilisées par le coût de la vie. Elle ne protège aucun emploi local ; elle ponctionne le pouvoir d’achat.

Vers une extension de la fracture numérique ?

Une inquiétude légitime plane désormais sur l’avenir des autres équipements technologiques. Si les téléphones portables subissent une telle pression fiscale, qu’en sera-t-il demain des ordinateurs portables ou du matériel informatique de bureau ? Chaque nouvelle taxe creuse un peu plus le fossé entre ceux qui ont les moyens de rester connectés et ceux qui basculent dans l’exclusion.

À l’heure où les nations performantes cherchent à réduire les coûts d’accès aux technologies pour stimuler leur compétitivité, le Cameroun semble prendre une direction opposée. Conditionner l’inclusion numérique au paiement d’une taxe élevée risque de rendre l’économie nationale moins productive et de priver la jeunesse des outils nécessaires pour bâtir l’avenir.