17 juin 2026

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L’Argentine mise sur le Maroc pour porter Rafael Grossi à la tête de l’ONU

Buenos Aires a officiellement sollicité l’appui de Rabat en faveur de la candidature de Rafael Grossi au poste de secrétaire général des Nations unies. La demande a été formulée le 11 juin, lors de la huitième réunion de la commission mixte et de la sixième session de consultations politiques entre les deux pays, tenues dans la capitale argentine.

Le gouvernement de Javier Milei entend faire de l’actuel directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) le successeur d’António Guterres. Pour renforcer sa campagne, Buenos Aires cherche à rallier le Maroc, dont l’influence diplomatique en Afrique et dans les instances multilatérales donne à son soutien une portée qui dépasse le simple cadre bilatéral.

Les échanges ont été menés côté argentin par Roberto Salafia, sous-secrétaire aux négociations économiques internationales et à l’intégration, et Juan Manuel Navarro, sous-secrétaire à la politique étrangère. Fouad Yazourh, directeur général des affaires politiques internationales au ministère marocain des affaires étrangères, dirigeait la délégation du royaume. Les discussions ont porté sur les relations politiques, les grands dossiers internationaux et les axes de coopération à renforcer.

Buenos Aires a présenté cette candidature comme «l’une des principales priorités diplomatiques de l’Argentine dans le système multilatéral, portée par un responsable rompu aux crises internationales, au dialogue entre puissances et aux mécanismes des organisations internationales.» En s’adressant à Rabat, la campagne argentine ouvre un volet africain décisif, sachant que la désignation du prochain secrétaire général nécessite d’abord une recommandation du Conseil de sécurité, puis une nomination par l’Assemblée générale.

Une voix marocaine recherchée dans la bataille du Conseil de sécurité

À la tête de l’AIEA depuis 2019, Rafael Grossi a gagné en stature internationale grâce à son rôle dans le contrôle des installations nucléaires en zone de conflit, les discussions sur le programme atomique iranien et les efforts pour la sûreté des centrales ukrainiennes pendant la guerre russo-ukrainienne. L’Argentine a officialisé sa candidature fin 2025, avant de lancer une campagne auprès de gouvernements de diverses régions.

Le choix du Maroc répond à un calcul diplomatique précis. Le royaume est très actif au sein des institutions internationales, dispose d’un vaste réseau en Afrique et dialogue avec les principaux centres de décision mondiaux. La partie argentine estime que «le soutien marocain pourrait accroître la crédibilité de la candidature de M. Grossi sur le continent africain et faciliter des convergences auprès d’États appelés à peser au Conseil de sécurité comme à l’Assemblée générale.»

La compétition rassemble plusieurs personnalités d’Amérique latine et d’Afrique. L’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet bénéficie déjà de l’appui du Brésil. La secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), la Costaricienne Rebeca Grynspan, figure aussi parmi les candidates, aux côtés de l’Équatorienne María Fernanda Espinosa et de l’ancien président sénégalais Macky Sall. Cette pluralité oblige Buenos Aires à bâtir des soutiens au-delà de son voisinage régional.

La diplomatie argentine met en avant le profil technique et politique de M. Grossi. Son parcours à la tête de l’AIEA lui a donné accès aux négociations les plus sensibles sur la prolifération, la sécurité nucléaire et les crises armées. Buenos Aires le présente comme «un diplomate capable de parler aux grandes puissances, de préserver des canaux de dialogue dans les périodes de tension et de rendre à l’ONU une capacité d’action politique plus ferme.»

Le Maroc occupe, dans cette stratégie, une place singulière. Son poids au Maghreb, ses relations avec de nombreux États africains, son activité dans les institutions multilatérales et ses partenariats avec l’Europe, les États-Unis et les puissances du Sud en font un interlocuteur recherché. L’appui de Rabat offrirait à l’Argentine un relais politique dans une région où la bataille des voix pourrait être déterminante.

Un commerce bilatéral porté à 1,092 milliard de dollars en 2025

Les consultations de Buenos Aires ont également élargi le dialogue économique. Les échanges entre l’Argentine et le Maroc ont atteint 1,092 milliard de dollars en 2025, plaçant le royaume au rang de deuxième débouché africain des exportations argentines. Les délégations ont étudié les moyens d’accroître la part des produits à plus forte valeur ajoutée et d’ouvrir de nouveaux champs de coopération.

L’agriculture, l’énergie, la santé, le tourisme, la sécurité sanitaire des denrées et les liaisons aériennes ont occupé une place centrale dans les travaux. Les responsables ont souligné «la nécessité de donner au commerce bilatéral une structure plus dense, de rapprocher les administrations compétentes et d’encourager des projets communs dans les secteurs où les deux économies disposent de complémentarités immédiates.»

Pour l’Argentine, le Maroc constitue à la fois un marché, une porte d’accès vers l’Afrique et un partenaire politique. Son industrie automobile, ses filières d’engrais, son aéronautique et son textile ont accru son poids dans les chaînes de production régionales. Buenos Aires voit dans cette base industrielle un terrain favorable à des accords commerciaux, à des coopérations techniques et à une présence plus large des entreprises argentines sur le continent.

Rabat trouve de son côté en Argentine un fournisseur agricole majeur et un partenaire susceptible d’élargir ses liens avec l’Amérique du Sud. Les discussions ont porté sur les conditions sanitaires applicables aux produits agroalimentaires, sur les échanges d’expertise dans l’énergie et sur l’ouverture de liaisons aériennes capables de réduire les distances commerciales et diplomatiques entre les deux rives de l’Atlantique.

La délégation argentine a enfin fait valoir que «la relation avec Rabat dépasse désormais le commerce et offre un espace de concertation politique sur les grands équilibres internationaux, la coopération Sud-Sud et la représentation des pays du Sud dans les institutions mondiales.»