21 juin 2026

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Le Gabon à la tête du Cames : l’employabilité comme priorité

Le Gabon a pris les rênes du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (Cames), une organisation intergouvernementale qui regroupe dix-neuf pays d’Afrique francophone et de l’océan Indien. Cette nouvelle présidence place Libreville au cœur d’un mécanisme chargé d’harmoniser les diplômes, d’évaluer les enseignants-chercheurs et de garantir la qualité académique dans l’espace francophone africain. Les autorités gabonaises ont immédiatement affiché leur objectif : faire de l’insertion professionnelle des jeunes diplômés un pilier central de leur mandat.

Une présidence gabonaise tournée vers l’employabilité

Cette annonce survient alors que les systèmes d’enseignement supérieur africains sont confrontés à un défi critique. Les effectifs étudiants explosent, les filières traditionnelles sont saturées et l’absorption des diplômés par le marché du travail reste faible. En faisant de l’employabilité une priorité absolue, le Gabon souhaite orienter les travaux du Cames vers une refonte plus assumée des programmes d’études, en lien direct avec les besoins réels des économies nationales.

Cette orientation rejoint les préoccupations de nombreux ministres de l’enseignement supérieur de la zone. La question de l’adéquation entre formation et emploi traverse tous les États membres, qu’il s’agisse des grandes universités sénégalaises et ivoiriennes ou des établissements plus modestes du Sahel. L’enjeu est de transformer une institution longtemps perçue comme un simple organe de validation académique en un véritable levier de politique économique.

Le Cames, un instrument méconnu d’intégration académique

Créé en 1968, le Cames remplit plusieurs missions structurantes pour ses États membres. Il organise notamment les concours d’agrégation, gère la reconnaissance mutuelle des diplômes et pilote des programmes thématiques de recherche. Son influence dépasse le cadre strictement universitaire : en validant les carrières des enseignants-chercheurs, l’institution conditionne le rayonnement scientifique de toute une génération d’académiciens francophones.

Le Gabon hérite ainsi d’une présidence dotée de leviers réels, mais aussi de contraintes importantes. Le Cames souffre depuis plusieurs années de difficultés budgétaires liées à l’irrégularité des contributions de certains États membres. Ces arriérés pèsent sur la conduite des programmes, retardent les sessions et fragilisent la planification pluriannuelle. Libreville devra composer avec cet héritage financier tout en imprimant sa marque réformatrice.

Un mandat qui engage la crédibilité régionale du Gabon

Pour les autorités de la transition gabonaise, cette présidence représente une opportunité diplomatique notable. Depuis le changement de régime survenu en août 2023, Libreville s’efforce de consolider sa réinsertion dans les enceintes multilatérales africaines. Prendre la tête du Cames offre une tribune institutionnelle pour démontrer une capacité de pilotage régional sur un dossier sectoriel sensible.

Reste que les attentes sont élevées. Les universités africaines francophones sont confrontées à une concurrence croissante des offres anglophones et asiatiques, qui attirent une part grandissante des étudiants les plus mobiles. Le débat sur la souveraineté éducative gagne du terrain dans les capitales de la sous-région, alors que les diasporas qualifiées s’installent durablement hors du continent. Mettre l’employabilité au sommet de l’agenda revient à affronter cette fuite des compétences par le haut.

Concrètement, la feuille de route gabonaise devra préciser plusieurs chantiers : la modernisation des nomenclatures de diplômes, l’intégration des compétences numériques dans les cursus, la place des sciences de l’ingénieur et le rapprochement avec les fédérations patronales nationales. Les premiers arbitrages de la présidence donneront la mesure de l’ambition réelle de Libreville pour cette institution discrète mais stratégique.