21 juin 2026

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Le Gabon, un acteur clé de la nouvelle donne économique africaine

Libreville, samedi 20 juin 2026 – L’Afrique amorce une nouvelle ère économique. Longtemps morcelé par des frontières héritées de la colonisation, le continent s’efforce aujourd’hui de bâtir le plus grand marché intégré du monde en nombre de pays.

Dans ce contexte, l’audience accordée vendredi à Libreville par le président Brice Clotaire Oligui Nguema au secrétaire général de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, Wamkele Mene, va bien au-delà d’une simple rencontre protocolaire. Elle traduit une volonté stratégique : faire du Gabon un pilier central de la nouvelle architecture économique africaine.

Alors que les grandes puissances redessinent leurs chaînes d’approvisionnement et que les blocs régionaux accélèrent leur intégration, la question n’est plus de savoir si l’Afrique doit davantage commercer avec elle-même, mais comment chaque pays compte se positionner dans cette mutation historique.

Un marché de 1,4 milliard de consommateurs

Avec plus de 1,4 milliard d’habitants et un produit intérieur brut cumulé dépassant 3 000 milliards de dollars, la ZLECAF constitue l’un des projets économiques les plus ambitieux du XXIe siècle. Son objectif est simple : supprimer progressivement les barrières douanières pour stimuler le commerce intra-africain.

Pourtant, malgré son potentiel énorme, l’Afrique reste l’une des régions où les échanges entre pays voisins sont les plus faibles. Alors que le commerce intra-européen dépasse 60 % et celui de l’Asie environ 50 %, l’Afrique peine à franchir le seuil des 15 %. C’est ce retard que la ZLECAF entend combler.

Les discussions entre le chef de l’État gabonais et Wamkele Mene ont ainsi porté sur les leviers permettant au Gabon de maximiser les bénéfices de cette ouverture continentale. Modernisation des douanes, amélioration des infrastructures transfrontalières, adaptation des cadres réglementaires et renforcement des institutions figurent parmi les priorités identifiées.

Nkok, l’atout industriel du Gabon

Le secrétaire général de la ZLECAF a particulièrement souligné un avantage stratégique du Gabon souvent méconnu à l’échelle continentale : la Zone Économique Spéciale de Nkok.

Devenue en quelques années un pôle industriel majeur d’Afrique centrale, cette plateforme accueille des dizaines d’entreprises spécialisées dans la transformation du bois, la métallurgie et l’industrie manufacturière. Elle illustre la volonté du pays de sortir du modèle d’exportation de matières premières brutes pour privilégier la création de valeur ajoutée locale.

Cette orientation correspond parfaitement à l’esprit de la ZLECAF. Car la réussite de la libre circulation des marchandises dépendra moins de la capacité à exporter des ressources naturelles que de l’aptitude à développer une base industrielle compétitive.

Dans ce cadre, la position géographique du Gabon est un atout supplémentaire. Situé au cœur du golfe de Guinée, doté d’infrastructures portuaires modernes et engagé dans plusieurs projets logistiques d’envergure, le pays réunit les conditions pour devenir une plateforme régionale d’échanges.

La transformation comme doctrine économique

Au cours de l’audience, Brice Clotaire Oligui Nguema a réaffirmé les grandes orientations du Plan National de Croissance et de Développement. Cette vision repose sur trois piliers : la transformation locale des ressources, la diversification économique et l’accélération de la transition numérique.

Cette stratégie marque une rupture avec les modèles traditionnels centrés sur l’exploitation des matières premières. Elle traduit la volonté de préparer le pays aux nouvelles exigences de la compétition mondiale.

Car l’enjeu véritable de la ZLECAF ne se limite pas à la baisse des droits de douane. Il s’agit de faire émerger des économies africaines capables de produire, transformer, innover et exporter à grande échelle.

L’entretien entre le président gabonais et le secrétaire général de la ZLECAF intervient donc à un moment crucial. Le continent dispose désormais d’un cadre juridique commun. Reste à transformer cette ambition politique en réalité économique.

Pour le Gabon, l’enjeu est stratégique. Le pays ne cherche plus seulement à participer à la libre circulation des marchandises. Il ambitionne d’en devenir l’un des principaux bénéficiaires. La ZLECAF ouvre une porte vers un marché continental inédit. Mais seuls les États capables d’anticiper les mutations industrielles, logistiques et numériques pourront en récolter les fruits. Libreville semble avoir choisi d’être de ceux-là.