26 mai 2026

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Mali : la capitale Bamako sous l’emprise d’un siège jihadiste à l’approche de la Tabaski

Le siège imposé par les groupes armés qui encercle Bamako depuis la fin du mois d’avril transforme les préparatifs de la Tabaski 2026 en un véritable défi pour les foyers maliens. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), organisation affiliée à al-Qaïda, a méthodiquement verrouillé les principaux axes routiers menant à la capitale. Cette stratégie perturbe l’acheminement des moutons, des produits alimentaires de base et du carburant, alors que la célébration de l’Aïd el-Kebir, prévue pour le mercredi 27 mai, s’annonce sous le signe de la pénurie.

Une stratégie d’asphyxie des corridors logistiques

Depuis plusieurs semaines, les combattants du JNIM mènent des attaques ciblées contre les convois de marchandises reliant Bamako aux zones de production du sud et de l’ouest, ainsi qu’aux frontières de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et de la Mauritanie. De nombreux poids lourds ont été incendiés sur les routes stratégiques, instaurant un climat d’insécurité qui dissuade les transporteurs de circuler sans protection militaire. Bien que l’armée malienne organise des escortes pour les flux prioritaires, le rythme des approvisionnements reste largement insuffisant pour couvrir les besoins de la métropole.

Ce basculement tactique marque une étape importante : le JNIM, autrefois concentré sur les zones rurales du centre et du nord du Mali, déplace désormais son champ d’action vers les poumons économiques de la capitale. En s’attaquant à la logistique, le groupe terroriste frappe directement le portefeuille des citadins et met à l’épreuve la capacité des autorités de transition à sécuriser la libre circulation des biens essentiels.

Le marché du bétail en crise et une inflation galopante

Dans les foirails de Bamako, la situation est alarmante. Les parcs à bétail sont anormalement vides, car les éleveurs venant du Sahel central ou des régions de Kayes et Koulikoro craignent les embuscades sur la route. En conséquence, le prix du mouton sacrificiel a atteint des sommets, devenant inaccessible pour une grande partie de la population. Pour honorer la tradition, de nombreux habitants n’ont d’autre choix que de recourir à l’endettement ou à des achats collectifs.

Cette flambée des prix ne se limite pas au bétail. Les denrées de première nécessité comme le sucre, l’huile et les condiments voient également leurs tarifs s’envoler. Cette pression inflationniste pèse lourdement sur des ménages déjà fragilisés par le contexte économique et la réduction des budgets sociaux au profit de l’effort de guerre. Les familles les plus modestes sont contraintes de réduire drastiquement leurs dépenses festives.

Pénuries d’énergie et difficultés de stockage

À l’insécurité alimentaire s’ajoute une crise énergétique majeure. La société Énergie du Mali (EDM-SA), pénalisée par des difficultés logistiques pour l’importation d’hydrocarbures, impose des délestages prolongés. Ces coupures d’électricité, qui durent parfois plus de douze heures, rendent la conservation de la viande de sacrifice quasi impossible et paralysent l’activité des petits commerces de quartier.

Le marché du carburant subit également les contrecoups du blocus sur les corridors ivoirien et sénégalais. Les prix à la pompe s’envolent sur le marché noir, tandis que les files d’attente s’allongent devant les stations-service. Cette situation impacte l’ensemble de la chaîne de distribution, des transports urbains jusqu’aux groupes électrogènes des structures de santé, malgré les discours rassurants du gouvernement qui peine à rétablir la fluidité des axes routiers.

Un enjeu de souveraineté pour les autorités

Pour le gouvernement de transition, la gestion de cette Tabaski 2026 agit comme un test de crédibilité. La sécurisation des routes d’approvisionnement est devenue une question de stabilité sociale et de souveraineté nationale. Cette méthode d’asphyxie économique, déjà observée dans certaines localités du Burkina Faso comme Djibo, semble désormais être le nouveau mode opératoire utilisé pour fragiliser les centres urbains maliens.

L’ambiance festive habituelle a laissé place à une forme de résilience forcée. Dans les marchés et les rues de Bamako, c’est la capacité de la capitale à tenir face à cette guerre d’usure qui se joue en filigrane des célébrations religieuses.