L’effervescence est palpable à la Cité Keur Gorgui, devant la résidence d’Ousmane Sonko. Un sympathisant du Pastef-Les Patriotes exprime bruyamment son soutien à son leader. Nourdine Diallo, l’un des fervents partisans présents, ne cache pas sa tristesse face à la rupture du duo Diomaye-Sonko, un attelage politique qu’il a défendu avec passion durant la dernière campagne électorale au Sénégal.
Pour ce militant, le limogeage du Premier ministre est une blessure profonde. Il rappelle que le slogan « Diomaye est Sonko – Sonko est Diomaye » n’était pas une simple formule marketing, mais le reflet de liens fraternels et institutionnels profonds entre les deux hommes.
Un duel institutionnel au sommet de l’État
La révocation d’Ousmane Sonko est survenue peu après une séance houleuse à l’Assemblée nationale, durant laquelle il avait ouvertement critiqué certaines orientations du président Bassirou Diomaye Faye. Ce divorce politique ouvre désormais la voie à une confrontation institutionnelle majeure. Une session parlementaire est programmée ce mardi pour acter le retour d’Ousmane Sonko sur les bancs des députés, mandat qu’il avait mis entre parenthèses pour diriger le gouvernement.
L’ordre du jour prévoit également l’élection d’un nouveau président de l’Assemblée nationale, suite à la démission d’El Hadj Malick Ndiaye. Ce dernier, fidèle allié d’Ousmane Sonko, a quitté son poste juste après l’éviction de son mentor. Ousmane Sonko se retrouve ainsi en position de force pour briguer le perchoir et devenir le deuxième personnage de l’État sénégalais.
Le politologue Malao Kanté souligne que cette situation fait d’Ousmane Sonko le nouveau visage d’une opposition qui dispose, paradoxalement, de la majorité parlementaire. Cette configuration fait peser un risque de blocage pour l’exécutif, notamment par le biais de motions de censure contre le nouveau gouvernement.
La riposte de l’opposition parlementaire
Au sein du Pastef, l’émotion est vive et plusieurs cadres ont démissionné par solidarité. Adama Fall, responsable du parti, compare cette période aux grandes ruptures de l’histoire africaine, tout en espérant que cette « génération consciente » saura préserver l’intérêt national.
Cependant, le groupe parlementaire d’opposition Takuu Walu s’oppose fermement à cette procédure. Aïssata Tall Sall a dénoncé ce qu’elle qualifie de « coup d’État constitutionnel », contestant la validité de la démission de Malick Ndiaye. Elle exhorte le président Bassirou Diomaye Faye à saisir le Conseil constitutionnel, prévenant que l’ambition d’Ousmane Sonko pourrait, à terme, viser la présidence de la République elle-même.
Dans ce climat de haute tension, le chef de l’État a nommé Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô au poste de Premier ministre. Cet ancien cadre de la BCEAO, qui a déjà servi comme ministre d’État, a appelé les Sénégalais à la mobilisation face à ce qu’il considère comme un tournant décisif pour la nation.

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