17 juin 2026

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Ousmane Sonko, la métamorphose d’un tribun

Depuis son départ de la Primature, Ousmane Sonko a considérablement revu son discours. Plus mesuré, plus nuancé, moins belliqueux, le leader de Pastef enfile les habits d’homme de paix et tente de faire oublier sa posture va-t-en-guerre.

« Pastef est devenu un parti mature. » Ousmane Sonko l’a affirmé il y a quelques jours à Diamniadio, lors du congrès du parti. Il invitait ses militants, souvent virulents, à revoir leurs comportements dans l’espace public. « Il faut revoir notre manière de parler, parce que nous sommes suivis par tout le monde, y compris des chefs religieux, des pères de famille… Les quolibets, les insultes, les injures, tout cela ne nous grandit pas », a-t-il déclaré devant une foule acquise. Conscient de devoir donner l’exemple, l’ex-Premier ministre est devenu beaucoup plus mesuré dans ses interventions publiques.

Lors d’un entretien accordé à des médias français, Ousmane Sonko a non seulement défendu son bilan et commenté sa rupture avec le président Bassirou Diomaye Faye, mais il a surtout dessiné les contours d’un nouveau personnage politique. Un homme qui entend désormais exercer le pouvoir autrement, du perchoir de l’Assemblée nationale, en transformant une destitution en nouvelle rampe de lancement.

D’habitude très va-t-en-guerre, Ousmane Sonko a considérablement revu son discours depuis qu’il a quitté l’Exécutif. L’homme des meetings serait-il en train de devenir l’homme des équilibres ? Le tribun se muerait-il progressivement en arbitre ? Cette transformation serait-elle une maturation politique ou une simple étape sur le chemin de 2029 ? Les réponses appartiennent surtout à l’avenir.

Une chose est toutefois certaine : le leader de Pastef est loin d’être un exemple de constance et de cohérence dans le discours. L’homme est capable de tenir un discours le matin et de se contredire le soir, tout dépend de l’objectif et du public. Hier, face aux médias français, il a été particulièrement posé, mesuré, pesant chaque mot. D’habitude très tranché sur des questions comme la restructuration de la dette, il s’est montré cette fois beaucoup plus nuancé. À la question de savoir quelle serait sa posture si l’exécutif décide de restructurer la dette, il rétorque : « Nous ne sommes pas dans des positions figées dans l’absolu. Nous examinerons avec lucidité la situation. »

Le plus important, selon lui, c’est ce qui sera mis sur la table. « Une restructuration sauvage, nous n’en avons pas voulu. En tant que Premier ministre, je m’y suis toujours opposé parce que les conditions ne l’exigeaient pas… En tant que Premier ministre sortant, je sais que nous vivons une tension assez particulière. Nous apprécierons, nous ne sommes pas là pour entraver. Mais si des solutions ne vont pas dans l’intérêt du Sénégal, nous ne les accepterons pas », ajoute-t-il. Et quand la journaliste lui rappelle ses déclarations où il demandait l’annulation de la dette, Sonko rétropédale, avant de se perdre dans les explications. « Vous parlez de dette odieuse. Je l’ai utilisé une ou deux fois. C’est toute une procédure. » Il enchaîne de manière plus confuse : « Je n’avais pas tous les leviers. Quand je parlais à certaines occasions, c’était en tant que chef de parti qui donne son opinion. N’oubliez pas non plus que j’étais simple Premier ministre. Et les pouvoirs du Premier ministre sont extrêmement limités dans ce pays. »

À la question de savoir s’il en avait discuté avec le Président, il rétorque : « On n’en a jamais discuté. On a toujours été en phase au sujet de la dette. Jusqu’à notre dernière discussion. Il a réaffirmé que la position n’a pas changé. » Puis, il revient en arrière comme pour assumer sa position sur la dette odieuse. « Cette dette est effectivement pour partie odieuse. Il faut du courage politique pour porter ce débat. En tant qu’homme politique, j’ai eu à le dire à plusieurs reprises. J’espère que l’exécutif actuel prendra ses responsabilités pour aller dans ce sens et discuter pour l’annulation d’une partie de la dette… » La journaliste le coupe : pourquoi ne l’a-t-il pas fait quand il était Premier ministre ? Sonko, laconique : « Ça a été proposé, ça a été proposé. » La dernière fois qu’il a parlé de dette odieuse, c’était lors de son passage à l’Assemblée nationale le 22 mai dernier, en tant que Premier ministre – et non chef de parti.

Pour une rare fois, le président de l’Assemblée nationale parle de restructuration sauvage. Il s’est souvent limité à rejeter catégoriquement toute idée de restructuration. Qu’est-ce qui a donc changé ? Le leader est-il en train de cacher son jeu ? Sur la question de l’homosexualité, il s’est montré beaucoup plus précis. Il assume ses positions, mais rappelle quelques vérités : l’incrimination du délit d’homosexualité existe depuis le régime de Senghor, et il y a eu, avant Pastef, des cas d’arrestation. Réagissant aux questions, il déclare : « Les arrestations sont intervenues avant le vote de la loi portant durcissement. C’est parti de deux choses : la pratique de l’homosexualité associée à la transmission volontaire du VIH. La presse occidentale semble vouloir occulter ce deuxième aspect qui est extrêmement important. » Pourtant, quelques jours auparavant à l’Hémicycle, il rapportait des échanges avec un de ses ministres : « L’autre jour, j’ai discuté avec un de mes ministres. Il disait : oui, l’objectif est de casser la chaîne de transmission du VIH. Je lui ai dit non. L’objectif principal, c’est de mettre un terme à la prolifération du phénomène. »

Sur un autre registre, parlant du président de la République Bassirou Diomaye Faye, le leader de Pastef évite les déclarations incendiaires. Même le mot trahison, il le récuse, estimant que cela relève de l’affection et de la morale. Sonko veut désormais incarner le « politiquement correct ». Il ne pense pas non plus qu’entre lui et le chef de l’État il y a une querelle, mais simplement des divergences politiques.

Ce changement de trajectoire et de stratégie de communication, Ousmane en avait déjà jeté les bases à Diamniadio. Pour lui, Pastef, parti désormais mature, doit être exemplaire sur tous les plans. « Pastef est un parti d’idées, un parti de science, un parti de programme… Montrez que vous êtes une jeunesse bien formée, une jeunesse intellectuelle, une jeunesse intelligente, une jeunesse citoyenne. Ne cédez pas à la provocation. La seule stratégie qui leur reste, c’est de faire en sorte que ce qui s’est passé en 2021-2024 soit réédité… » Selon Ousmane Sonko, le camp d’en face, qui manque de légitimité, veut juste les pousser dans la rue pour les présenter comme un parti belliqueux, un parti de conflit. « Ne tombez pas dans ce piège », prévenait-il.