29 juillet 2026

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Stratégie aurifère du Burkina Faso : enjeux de souveraineté et risques cachés

Le Burkina Faso s’engage dans une refonte majeure de sa filière aurifère, marquée par la création de la Société Nationale des Substances Précieuses (SONASP) en 2023 et le lancement d’infrastructures clés comme la raffinerie nationale d’or à Ouagadougou. L’objectif affiché par le gouvernement de transition est clair : reprendre le contrôle complet de la chaîne de valeur de l’or et renforcer l’autonomie économique du pays.

Cette ambition se traduit par des résultats concrets au premier semestre, avec des dizaines de tonnes d’or officiellement enregistrées dans les circuits nationaux. Pourtant, derrière cette dynamique se cachent des paradoxes profonds et des tensions géopolitiques qui menacent de fragiliser les fondements mêmes de cette stratégie.

Des partenariats stratégiques à double tranchant

La politique minière actuelle mise sur une diversification des acteurs, notamment en accordant des permis d’exploitation à des compagnies étrangères comme Nordgold, une entreprise russe. Si cette approche vise à réduire la dépendance aux partenaires traditionnels, elle soulève des questions cruciales :

  • Nouveaux risques de dépendance : En remplaçant des acteurs historiques par des entités liées à des alliances géopolitiques spécifiques, le Burkina Faso pourrait s’exposer à de nouvelles vulnérabilités stratégiques, notamment en cas de tensions internationales.
  • Enjeux de transparence : La capacité des institutions comme le BUMIGEB ou la SONASP à assurer une traçabilité irréprochable et à redistribuer équitablement les bénéfices aux collectivités locales reste un défi majeur, surtout dans un contexte sécuritaire dégradé qui complique l’exploitation artisanale et industrielle.

Le stockage des réserves d’or : un débat qui divise

Une rumeur persistante, évoquant un projet d’expédition ou de stockage d’une partie des réserves nationales d’or en Fédération de Russie, a mis en lumière les risques liés à la gestion du métal précieux. Bien que le ministère de l’Économie et des Finances du Burkina Faso ait officiellement démenti ces allégations, cette polémique révèle les dangers d’une telle approche :

  • Fragilité financière : Confier des réserves souveraines à un pays sous sanctions internationales et sujet à des restrictions bancaires mondiales pourrait compromettre la liquidité et la sécurité juridique des actifs burkinabè.
  • Affaiblissement de la souveraineté : L’or, ultime garantie financière pour un État, ne devrait pas être confié à un tiers dans un contexte géopolitique instable. Cette pratique contredirait l’objectif affiché de « souveraineté totale » et de maîtrise nationale de la ressource.

Raffinage local : un symbole fort, mais des défis persistants

L’initiative de raffiner l’or sur le sol national marque une avancée symbolique significative. Cependant, des obstacles majeurs subsistent :

  • Approvisionnement et fraude : Garantir un flux régulier d’or vers la raffinerie nécessite de lutter contre la fraude sur les sites d’orpaillage artisanal, souvent situés dans des zones instables sur le plan sécuritaire.
  • Retombées locales limitées : Le secteur minier doit aller au-delà des simples recettes budgétaires pour créer des emplois durables et soutenir le développement des infrastructures locales.

La volonté politique de rééquilibrer le partage de la rente minière au profit de l’État est une démarche légitime face aux enjeux économiques nationaux. Toutefois, pour consolider cette souveraineté, le Burkina Faso doit privilégier la transparence, la sécurisation interne de ses réserves et le renforcement de ses propres infrastructures de gestion. Externaliser la gestion de son or à des acteurs externes, dans un contexte géopolitique complexe, pourrait s’avérer contre-productif.