Derrière la proposition de réforme électorale portée par Khalidou dit Mbaye Sokoma, président du Mouvement Patriotique pour un Développement Durable (MPPD) / AND DEFAR SUNU REEW, se cache une analyse sans concession des failles du système politique sénégalais. En surface, il s’agit d’un plaidoyer pour un mode de scrutin plus représentatif. En réalité, cette contribution met en lumière les causes profondes d’un déficit démocratique qui mine la confiance entre les citoyens et leurs représentants. Décryptage des ressorts d’une initiative qui pourrait redessiner le paysage institutionnel.
Les dessous d’un système électoral à bout de souffle
L’architecture actuelle des élections législatives au Sénégal repose sur un équilibre hybride : un scrutin de liste majoritaire à un tour, combiné à une dose de représentation proportionnelle. Sur les 165 sièges de l’Assemblée nationale, 112 sont attribués au scrutin majoritaire et 53 à la proportionnelle sur liste nationale. Au niveau municipal, le mode de scrutin panaché répartit 45 % de sièges majoritaires pour 55 % de sièges proportionnels.
Aux yeux de Khalidou dit Mbaye Sokoma, cet assemblage montre ses limites. La composition des assemblées ne refléterait pas fidèlement la réalité des suffrages exprimés. Un constat qui interroge la légitimité même des institutions et alimente un sentiment de distorsion démocratique.
La proportionnelle intégrale : une réponse structurelle
La proposition phare consiste à instaurer un scrutin proportionnel intégral, tant pour les législatives que pour les locales. L’objectif n’est pas seulement de répartir les sièges selon le poids électoral des partis, mais de retisser le lien entre l’élu et ses électeurs.
Pour y parvenir, les candidatures devraient s’ouvrir au-delà des seuls appareils partisans, en intégrant les mouvements citoyens, les candidats indépendants et, sous conditions strictes, la société civile et les services étatiques compétents. L’investiture prendrait ainsi racine au cœur des quartiers et des villages, valorisant l’implantation locale et la confiance populaire.
Redéfinir le statut du député : du parti au territoire
Le rapport entre citoyen, territoire et représentant doit être repensé. L’auteur insiste sur la nécessité de voir émerger des députés clairement identifiables par leurs administrés et tenus de rendre régulièrement des comptes. Les partis politiques conserveraient leur rôle d’accompagnement, mais ne détiendraient plus le monopole de la représentation : la figure du « député d’un parti » céderait la place à celle du « député choisi par les citoyens et porté par un territoire ».
Stabiliser et clarifier le scrutin local
Appliqué aux élections municipales et départementales, ce renforcement de la proportionnelle permettrait de mieux refléter la diversité des sensibilités politiques au sein d’une commune. Toutefois, cette ouverture doit aller de pair avec la stabilité des exécutifs locaux. Khalidou dit Mbaye Sokoma suggère d’instaurer un second tour lorsqu’aucune liste n’atteint la majorité absolue des suffrages (50 %), permettant ainsi de départager nettement les forces en compétition, moyennant une étude préalable des impacts juridiques et financiers.
Une administration électorale territorialisée
Pour parfaire le dispositif, l’organisation de proximité des scrutins pourrait s’appuyer davantage sur les préfets et les sous-préfets dans leurs ressorts respectifs, sous le contrôle du dispositif national et dans le strict respect de l’impartialité et de l’égalité. Une telle territorialisation favoriserait le dialogue avec les collectivités de base.
Le cas de Kaolack : une organisation de proximité repensée
S’agissant de Kaolack, une ville qui s’étend sur près de 6 959 hectares (69,6 km²), structurée en 45 quartiers et abritant une population considérable (1 336 720 habitants selon le RGPH-5 de 2023), l’auteur préconise une approche spécifique.
Compte tenu de son essor urbain et de son rôle économique, l’étude de la création de trois ou quatre communes d’arrondissement ou entités municipales de proximité est préconisée. Une telle mutation s’appuierait sur des critères rigoureux : démographie, infrastructures, bassins de vie, ressources fiscales et capacités administratives.
Un débat national pour une démocratie lisible
En somme, la qualité d’une démocratie se mesure à la clarté avec laquelle le citoyen perçoit la traduction de son vote en sièges et identifie ses porte-parole. Khalidou dit Mbaye Sokoma appelle ainsi à l’ouverture d’un grand débat national, pluraliste et documenté, afin de doter le Sénégal d’un système où chaque citoyen, chaque quartier et chaque village pèse véritablement dans la désignation des représentants de la nation.
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