9 juin 2026

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Diplomatie africaine : Lomé au cœur de la résolution de la crise en RDC

La ville de Lomé a servi de cadre, les 7 et 8 juin 2026, à une rencontre majeure axée sur l’apaisement des tensions persistantes dans l’est de la République démocratique du Congo. Y ont participé les principaux acteurs des dispositifs régionaux de médiation, à savoir la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), ainsi que des représentants de l’Union africaine et de l’Organisation des Nations unies. L’enjeu ? Harmoniser les démarches diplomatiques et évaluer l’écart séparant encore les parties belligérantes d’une résolution pérenne du conflit.

Lomé, épicentre d’un processus de paix fragmenté

Le choix de Lomé comme lieu de convergence n’est pas le fruit du hasard. Faure Gnassingbé, facilitateur désigné par l’Union africaine pour le dossier congolais, œuvre depuis des mois à fusionner des initiatives diplomatiques autrefois cloisonnées. Les processus de Nairobi, pilotés par l’EAC, et celui de Luanda, porté par l’Union africaine sous l’impulsion de João Lourenço, ont progressé de manière isolée. Leur rapprochement progressif, entamé en 2024, peine cependant à se concrétiser sur le terrain.

Les participants à la réunion togolaise ont pointé du doigt les lacunes en matière de coordination, qualifiées de point faible de l’action diplomatique. Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de structurer davantage les canaux de dialogue afin d’empêcher les acteurs armés, en particulier le Mouvement du 23 mars (M23), de tirer profit des divergences entre médiateurs. L’avancée militaire du M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu a profondément modifié l’équilibre sécuritaire régional.

Un calendrier diplomatique sous haute pression

Les avancées évoquées lors de la rencontre de Lomé restent limitées au regard des attentes initiales. Les échanges directs entre Kinshasa et le M23, initialement rejetés par les autorités congolaises, ont finalement été engagés sous la pression combinée des médiateurs régionaux et des partenaires internationaux. Parallèlement, le dialogue bilatéral entre la RDC et le Rwanda, suspecté par plusieurs instances onusiennes et occidentales de soutenir le groupe rebelle, constitue l’un des principaux obstacles à une résolution durable.

Les médiateurs ont souligné le retard inquiétant dans la mise en œuvre des engagements antérieurs, notamment le retrait des troupes étrangères du sol congolais et le désarmement des groupes armés. Le déploiement de la mission de la SADC en RDC (SAMIDRC), marquée par des pertes humaines significatives début 2025, a révélé les limites des solutions purement militaires face à un conflit aux racines à la fois économiques, foncières et identitaires.

L’ombre de l’économie de guerre sur les négociations

Au-delà des aspects politiques, les participants ont mis en lumière l’urgence de s’attaquer aux réseaux d’exploitation illicite des ressources minières du Kivu. Le coltan, l’étain, l’or et le tungstène nourrissent une économie de guerre dont les répercussions s’étendent jusqu’aux chaînes d’approvisionnement mondiales. Plusieurs médiateurs ont plaidé pour la mise en place d’un système régional de traçabilité, considéré comme une condition sine qua non pour une désescalade durable.

La réunion de Lomé n’a pas débouché sur des annonces marquantes, mais elle a permis de réaffirmer l’importance d’une approche globale. Les prochaines phases devraient impliquer davantage les acteurs civils congolais, jusqu’ici marginalisés au profit des dirigeants étatiques et des chancelleries. La société civile des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, de même que les autorités traditionnelles, sont désormais perçues comme des partenaires indispensables pour ancrer un éventuel accord dans la réalité des territoires affectés.

Les médiateurs ont quitté Lomé sans calendrier précis pour la signature d’un accord global. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si l’impulsion diplomatique donnée à Lomé suffira à infléchir le cours d’un conflit qui, depuis plus de trente ans, défie les multiples initiatives de paix déployées autour des Grands Lacs.