Le vaste projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), mené par la société américaine Kosmos Energy et s’étendant sur les frontières maritimes du Sénégal et de la Mauritanie, est de nouveau au cœur de l’actualité. La firme texane a récemment communiqué de nouvelles informations sur l’intensification de la production de ce gisement transfrontalier. La première phase a débuté sa commercialisation début 2025. Ce dossier est suivi avec une attention particulière à Dakar, où le Premier ministre Ousmane Sonko a clairement affiché sa volonté de maîtriser les ressources extractives comme un pilier de son action politique.
Un projet transfrontalier stratégique pour Dakar et Nouakchott
Fruit de plusieurs années de négociations intensives entre les capitales des deux nations, le projet GTA se déploie sur un gisement situé à la limite maritime de leurs territoires. La répartition des ressources est un modèle d’équité, partagée à parts égales entre le Sénégal et la Mauritanie, une configuration peu courante dans l’industrie extractive ouest-africaine. Kosmos Energy supervise le développement en collaboration avec bp, l’opérateur historique du permis, tandis que les compagnies nationales Petrosen pour le Sénégal et la Société mauritanienne des hydrocarbures (SMH) représentent la participation étatique.
La phase initiale du projet s’appuie sur une unité flottante de liquéfaction (FLNG) conçue pour traiter le gaz avant son exportation vers les marchés mondiaux. L’objectif de capacité de production initial est d’environ 2,3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an. Kosmos indique que la production progresse de manière constante vers son régime nominal, suite à une mise en service technique finalisée l’année dernière et les premières expéditions de cargaisons déjà effectuées.
Kosmos Energy face aux attentes politiques sénégalaises
Depuis l’accession au pouvoir du duo Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko en mars 2024, l’évolution du projet fait l’objet d’un examen rigoureux à Dakar. Le chef du gouvernement sénégalais a réaffirmé son intention de réévaluer, voire de renégocier, les contrats hérités de l’administration précédente, jugés désavantageux pour l’État. Cette position a créé une période d’incertitude pour les acteurs internationaux majeurs, notamment Kosmos et bp.
La récente communication du groupe américain vise précisément à apporter des garanties concernant le calendrier opérationnel. Kosmos met en avant la solidité du partenariat avec les autorités des deux pays et la poursuite des discussions techniques relatives aux phases ultérieures. Néanmoins, la compagnie a ajusté certaines de ses prévisions à la baisse, plusieurs analystes financiers ayant relevé un écart entre les objectifs initiaux et les volumes réellement produits au cours des premiers mois d’exploitation.
Concrètement, l’optimisation de la production du champ GTA est essentielle pour générer des recettes budgétaires substantielles pour les deux États. Du côté sénégalais, les prévisions tablent sur plusieurs centaines de milliards de francs CFA de revenus annuels une fois la pleine capacité atteinte. Ces fonds sont destinés à alimenter le Fonds intergénérationnel et le budget national, des mécanismes cruciaux pour la gestion des ressources naturelles mis en place à Dakar.
Phase 2, contenu local et souveraineté énergétique
Au-delà de la première tranche, l’attention se porte désormais sur l’extension du projet. La phase 2 de GTA, envisagée depuis longtemps pour augmenter la capacité à environ 3 millions de tonnes annuelles, reste conditionnée par un accord entre les partenaires industriels et les gouvernements. Kosmos a signalé que les études sont en cours, sans toutefois s’engager sur un calendrier précis à ce stade. Le contexte des prix internationaux du GNL et la stratégie de désendettement de l’opérateur influencent également cette équation.
Pour Dakar comme pour Nouakchott, la question du contenu local demeure une priorité. Le gouvernement sénégalais a exprimé son désir d’intégrer davantage d’entreprises nationales dans l’ensemble de la chaîne de valeur, allant de la sous-traitance industrielle aux services logistiques. Ousmane Sonko a également évoqué la possibilité d’orienter une partie de la production gazière vers la consommation intérieure, notamment pour approvisionner les centrales thermiques et ainsi alléger la facture énergétique du pays.
Il est important de noter que la marge de manœuvre des autorités est encadrée par les contrats existants et par la nécessité de préserver l’attractivité du bassin sédimentaire MSGBC. Plusieurs blocs adjacents sont encore en phase d’exploration, et la conduite des discussions avec Kosmos et bp servira de référence pour les futurs investisseurs. La crédibilité des ambitions gazières du Sénégal se forge autant dans les installations de la FLNG que dans les instances ministérielles de Dakar.

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