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Sahel : le Niger, nouveau théâtre des stratégies géopolitiques d’Alger, Libye et abou dhabi

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Le Niger s’impose comme l’épicentre d’une recomposition géopolitique sans précédent au Sahel. Les récentes initiatives diplomatiques et militaires d’Alger, de Benghazi et d’Abou Dhabi révèlent une bataille d’influence où chaque acteur tente de sécuriser ses intérêts face aux bouleversements régionaux. Quelles en sont les retombées immédiates et les perspectives pour Niamey ?

Un calendrier diplomatique chargé : quand le Niger devient l’enjeu majeur

Les derniers jours ont été marqués par une accélération des échanges entre Niamey et les capitales clés de la région. Le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, s’est rendu à Benghazi le 1er novembre 2026 pour y signer un protocole d’accord stratégique avec le vice-commandant général des forces armées libyennes, Saddam Haftar. Ce texte, bien que peu détaillé, symbolise la volonté du Niger de diversifier ses partenariats sécuritaires et de s’affranchir d’une dépendance historique.

Deux jours plus tard, c’est au tour du général Khaled Haftar, chef d’état-major des forces armées de l’Est libyen, de se rendre à Paris pour des discussions avec son homologue français. Les échanges, centrés sur la coopération militaire et la formation, confirment l’émergence d’un dialogue multilatéral autour de la stabilité sahélienne.

L’Algérie réaffirme son leadership face aux ambitions concurrentes

Dans ce contexte, Alger joue une partie à haut risque. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a effectué une visite officielle à N’Djamena le 3 novembre pour y rencontrer le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno. L’objectif ? Renforcer la coordination bilatérale face aux défis sécuritaires et politiques qui menacent la stabilité de la région.

Cette démarche survient alors que les relations entre le Niger et le Tchad traversent une zone de turbulence. Niamey a récemment accusé N’Djamena, sans fournir de preuves tangibles, de soutenir une opération de déstabilisation avec l’appui de Paris. Une accusation qui, bien que non étayée, reflète les tensions croissantes entre les deux pays. Le Tchad et la France, de leur côté, travaillent activement à normaliser leurs relations après la rupture de leur accord de défense en 2024.

Pour Alger, ce rapprochement avec N’Djamena vise un double objectif : conserver une mainmise sur les équilibres sahéliens et contrer l’influence des autres puissances régionales, notamment les Émirats arabes unis et le Maroc.

Les Émirats arabes unis : un partenaire controversé

Abou Dhabi entretient des liens étroits avec le camp du maréchal Khalifa Haftar, une proximité qui inquiète Alger. Historiquement présent en Libye, le soutien émirati à l’Est libyen est perçu comme une menace pour la stabilité régionale. La progression des forces Haftar vers le sud libyen, en direction du Niger, ajoute une dimension stratégique à cette rivalité.

Ces mouvements, combinés au rapprochement entre Benghazi et Niamey, pourraient être interprétés comme une tentative de sécuriser des axes commerciaux et énergétiques, mais aussi comme une offensive d’influence vers le sud. Une évolution que l’Algérie ne peut ignorer, tant elle considère la Libye comme un rempart essentiel à sa sécurité.

Maroc-Algérie : une rivalité qui dépasse le Maghreb

La compétition entre Alger et Rabat ne se limite plus à la question du Sahara occidental. Depuis la rupture des relations diplomatiques en 2021, les deux pays rivalisent désormais en Afrique subsaharienne. Le Maroc renforce ses partenariats avec plusieurs pays du Sahel, tandis qu’Alger cherche à préserver son rôle historique dans la région.

La visite de Khaled Haftar au Maroc en octobre 2026, où il a été reçu par le général Mohammed Berrid, inspecteur général des Forces armées royales, n’a pas manqué d’attirer l’attention des observateurs algériens. Cette proximité entre Rabat, Abou Dhabi et les autorités de l’Est libyen alimente les spéculations sur la formation de nouvelles convergences régionales.

Le Niger, pivot incontournable des nouvelles alliances

Dans cette recomposition, le Niger occupe une place centrale. Sa position géographique, ses ressources énergétiques et sa proximité avec les pays voisins en font un partenaire stratégique pour Alger, Benghazi et Abou Dhabi. L’autorisation donnée par le Parlement algérien, fin octobre, au déploiement de forces militaires en territoire nigérien illustre cette nouvelle donne sécuritaire.

Niamey, conscient de sa valeur géopolitique, multiplie les canaux de coopération. L’accord militaire avec Alger et les discussions avec la Libye montrent une volonté de ne pas dépendre d’un seul partenaire. Reste la question de la France, dont l’influence militaire au Sahel a reculé, mais qui maintient des contacts avec les acteurs régionaux.

Perspectives : vers une nouvelle donne sahélienne ?

Les événements récents dessinent les contours d’un Sahel en pleine mutation. Les routes stratégiques, les ressources et les alliances politiques deviennent les enjeux d’une compétition acharnée. Le Niger, bien plus qu’un acteur confronté à une crise sécuritaire, s’impose désormais comme le pivot d’une géopolitique sahélo-saharienne redessinée.

Ainsi, les prochains mois seront déterminants. Les signaux envoyés par Alger, Benghazi, Abou Dhabi et Paris laissent présager une intensification des rivalités, mais aussi des opportunités pour Niamey de jouer un rôle clé dans la stabilisation de la région.

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